La princesse au petit pois

Ce célèbre conte nous parle de la recherche de l’âme sœur. Que nous dit-il sur cette quête éternelle ? L’avis d’Isabelle de Kochko, psychologue.

Dès le début de l’histoire, le père et la mère se mêlent de trouver une épouse à leur fils…
Symboliquement, le partenaire idéal n’est-il pas toujours une construction dérivée des modèles infantiles que sont papa et maman ? Ici, la reine indique nettement à son fils qu’elle veut une belle-fille qui lui ressemble ! Narcissique, cette mère pense qu’elle est une référence en terme de noblesse. Elle met son grain de sel dans la vie du prince pour détecter les qualités ou les défauts de sa future bru. La princesse a-t-elle deviné la ruse du petit pois ? En tout cas, elle fait preuve d’une telle délicatesse que la reine est conquise et la juge digne de son enfant. Le roi, lui, propose une épouse plutôt maternelle, qui prenne soin du prince. On voit bien qu’ils sont tous deux égocentriques et que leurs conseils sont calqués sur leurs désirs personnels.

Comment le prince peut-il s’affirmer auprès de ses parents ?
Le prince est sage et il voudrait choisir son épouse tout seul. Il part en quête de la femme idéale comme un adolescent a besoin de faire diverses rencontres avant de trouver le “grand amour”. La première princesse qu’il rencontre, ronfle et se désintéresse de son entourage. La deuxième est laide, ce qui indique souvent dans les contes un manque de beauté intérieure. La troisième, enfermée dans la maladie, est fragile. Celle à qui le prince ouvre son cœur (et sa porte) vient tout simplement lui demander de l’aide. Grâce à elle, il se sent soudain important, devient “l’homme viril”, sauveur et protecteur. Même si cela paraît démodé, les garçons restent sensibles au fait que les filles aient besoin d’eux. Ce sont elles qui les placent dans une position masculine. Une fille qui n’a besoin de personne, un garçon “manqué”, peut faire peur car elle apparaît “castratrice” et renvoie les garçons à une certaine impuissance.

Et que représente le petit pois ?
La sensibilité physique symbolise ici la délicatesse morale et psychique. La princesse est en phase avec son environnement, elle réagit à ce qui l’entoure et perçoit ce qui est dissimulé sous les apparences. Cette qualité d’ouverture a su conquérir le prince. Il est séduit par la franchise de la jeune fille. En outre, cette dernière ose dire ce qu’elle ressent. Enfin, elle n’est pas si fragile puisqu’elle a supporté avec vaillance l’épreuve de l’orage. Elle devient alors la femme idéale pour le jeune prince.

Propos recueillis par Kéthévane Davrichewy