Le rat des villes et le rat des champs

Si les fables n’ont pas la magie des contes, leur morale n’en est pas moins accessible aux enfants, surtout quand le héros est un rat ou une souris. Entretien avec la psychologue Isabelle de Kochko.

Voici une fable qui a été beaucoup adaptée pour les petits…
Cela se comprend. Les enfants adorent les histoires de rats et de souris. Ce sont des êtres faibles, démunis qui, lorsqu’ils affrontent un danger, ne doivent leur survie qu’à leur vigilance et leur aptitude à s’enfuir. C’est pourquoi les humbles, les enfants, tous les “petits”, peuvent se reconnaître dans ces animaux. Et nos en fants les apprécient d’autant plus qu’ils partagent le même goût pour les cachettes, les “trous de souris” !

Qu’est-ce qu’un jeune lecteur peut com prendre à cette fable ?
D’abord, on peut dire qu’elle est d’actualité. Car qu’oppose-t-elle, au fond ? La nourriture apprêtée de la ville à celle, naturelle, de la campagne. À un moment où l’on ne par le que de maïs transgénique, d’aliments transformés et autres dangers alimentaires, c’est savoureux ! Mais surtout, cette fa ble montre deux façons d’abor der la vie et de prendre du plaisir. D’un côté, le rat des champs incarne la sobriété, la simplicité, qui s’accompagnent d’une certaine sécurité. De l’autre, le rat des villes incarne le goût du luxe, de la nouveauté, une certaine “frime” en somme, ce qui ne va pas sans danger. Très jeune, l’enfant peut déjà reconnaître ces attitudes autour de lui.

Logiquement, il devrait plutôt s’identifier au rat des villes !
Effectivement, car les enfants sont stimulés par l’inconnu ; ils prennent des risques, ont besoin d’expérimenter sans cesse des choses nouvelles. Mais il reste que le héros de l’histoire, c’est le rat des champs. Car c’est lui qui prend le risque de faire une expérience nouvelle. Une fois qu’il en a mesuré les avantages et les inconvénients, il fait son choix. Et même s’il revient à la case départ, comme on dit, c’est riche d’une nou-velle expérience. Tandis que le rat des villes, lui, ne change pas. Selon moi, le véritable enseignement de la fable est là : pour trouver sa voie, il faut expérimenter des choses nou-velles. Quitte à choisir de renoncer à certaines voies, qui ne correspondent pas à notre caractère.

Propos recueillis par Claire Laurens