Les chevaux du ciel

Le héros de ce conte entre dans la vie d’adulte en engageant son énergie et son désir de comprendre. Explications de la psychologue Isabelle de Kochko.

Que représente le champ du père rempli de précieuses fleurs ?
C’est son patrimoine, son trésor. C’est donc aussi celui de ses fils, qui doivent le défendre. Or si les deux aînés s’endorment, c’est qu’ils ne prennent pas soin de cet héritage potentiel.

S’agit-il uniquement d’un héritage matériel ?
Pas seulement, non. Ce qui est précieux peut être matériel, bien sûr, mais aussi spirituel, lié à la pensée humaine et à la connaissance, ou bien encore vital, lié à la vie et la créa­tion. Les fleurs symbolisent la beauté et l’épanouissement. Contrairement à ses frères, Ti Zèn veut préserver ce patrimoine familial, et il engage ses forces pour y parvenir. Il veut rester éveillé et garder une conscience claire.

Que signifie l’irruption 
des chevaux…
C’est son effort qui le lui permet. Il s’agit des trois chevaux célestes du Destin. Le blanc va révéler leur identité: lui-même symbolise l’aurore, le rouge représente le plein soleil, et le foncé, la nuit. Mais ils évoquent aussi la jeunesse, la maturité et la vieillesse. En révélant à Ti Zèn qu’ils sont divins, ces chevaux lui donnent leurs crins. Notre jeune héros s’empare ainsi d’une partie de la connaissance divine.

Le défi lancé par le roi a-t-il 
un sens ?
Le destin de l’homme est de surmonter les épreuves. Ti Zèn attend son heure. Comme les aînés n’ont pas réussi à rester éveillés pour appréhender le secret de la connaissance, ils échoueront aussi dans leur vie d’homme. Les épreuves qui consistent à sauter par-dessus le château laissent penser que le vainqueur doit être capable de surpasser le roi pour pouvoir lui succéder. C’est-à-dire qu’il doit aller au bout de son destin d’homme. Les frères vaniteux et médiocres n’y parviennent pas.

L’ordre d’apparition des différents chevaux dans le récit a-t-il 
une signification particulière ?
Oui. C’est comme si Ti Zèn suivait un parcours de vie à l’envers. Il monte d’abord le cheval brun qui symbolise la nuit, ensuite le rouge qui représente le jour, et enfin le blanc qui est l’aube. Il s’agit d’une renaissance. C’est le cheval blanc qui orchestre tout, en guidant le jeune homme vers son destin. D’ailleurs, les montures blanches sont celles des princes.

Et que révèle la blessure par balle de Ti Zèn ?
Tirer sur Ti Zèn est une manière de savoir si c’est un véritable être humain. C’est aussi un moyen de le marquer afin de le retrouver. Il est blessé à 
la jambe pour pouvoir accéder au 
château du roi et à sa fille. Le jeune homme est marqué dans sa chair, 
preuve incontestable de sa vaillance et de son courage. C’est une sorte de rite initiatique. Il y a souffrance, mais l’âme de Ti Zèn est transformée et le jeune homme sera enfin reconnu.

Le costume d’or que revêt Ti Zèn à la fin du conte marque aussi une transformation…
Oui, c’est son costume de gloire. 
Le jeune homme a changé de peau, il est maintenant prêt à épouser la princesse et à devenir souverain à son tour.

Propos recueillis par Marie Aubinais