Les trois petits cochons

Voilà un conte dont le succès ne s’est jamais démenti. Les explications d’Isabelle de Kochko, psychologue.

Pourquoi cette histoire plaît-elle tant aux enfants ?
D’abord parce que les héros en sont des cochons ! Et que le cochon est l’un des animaux qui symbolisent le mieux l’enfant. Il est rose comme les bébés, apparemment dépourvu de poils, il est pataud, naïf, gourmand, il se salit sou-vent, il aime patauger dans la gadoue, il a un côté « mal dégrossi »… Tout cela en fait un personnage dans lequel les petits se reconnaissent. C’est aussi une histoire miroir qui leur parle du fait de grandir, de se séparer des parents. Mais cette séparation se fait en douceur, car les frères vont s’entraider.

Quelle est la morale de ce conte ?
Il nous enseigne qu’il faut savoir répri-mer ses envies, différer son plaisir, pour pouvoir jouir de la vie de façon durable. Au début du conte, les deux petits cochons ont failli faire les frais de leurs pulsions. Ils ont construit facilement une maison de bric et de broc afi n de s’amuser plus vite. Résultat : ils manquent de se faire manger par le loup. Et s’ils lui échappent, c’est grâce au plus âgé des petits cochons qui, lui, a sacrifié un peu de bon temps pour être en sécurité. Cet épisode sert d’initiation aux deux plus jeunes. Ensuite, ils ont une attitude plus mûre, comme s’ils avaient grandi en entrant dans la maison en brique. Et cette maturité leur apporte satisfaction, puisqu’en fi n de compte, ils remportent une victoire sur le loup ! C’est leur première expérience d’autonomie loin de leur maman.

Le loup, lui, n’évolue pas au cours de l’histoire…
Non, car il ne tire aucun enseignement de ce qu’il vit. Il ne fait que suivre ses pulsions primaires : manger, dormir… Au début, par deux fois, il utilise sa force pour arriver à ses fi ns et échoue. Alors, il tente d’utiliser la ruse, mais il échoue encore. Aveuglé par la gourmandise, per-suadé que les cochons sont à sa portée, il atterrit dans la marmite ! Cette marmite, que les petits cochons ont mise à chauf-fer, symbolise la prévoyance, l’aptitude à anticiper le danger et les réactions de l’adversaire – autant de qualités que l’on acquiert en devenant grand. On pourrait dire que la leçon du conte, fi nalement, c’est que le danger et l’adversité sont de formidables moteurs, qui nous obligent à être plus intelligents, plus inventifs et plus solidaires ! Et ce n’est pas une leçon rabat-joie, car tout compte fait, le but fi nal est le même pour tous : jouir de la vie.