Peau d’âne

Ce célèbre conte est riche d’enseignements. Dominique Naeger, psychologue, nous propose son éclairage…

Que penser de ce conte qui, clairement, évoque l’inceste ?
Oui, Peau d’âne nous parle du désir incestueux, qu’il soit réel ou fantasmé. Ici, pas de réalisation de l’inceste pour mieux nous rappeler que celui-ci est un interdit majeur, fondateur et culturel. C’est une loi des humains. La menace incestueuse qui pèse sur ce récit peut faire aussi référence au désir fantasmé de la petite fille pour son père. D’une façon plus générale, l’histoire fait entendre ce qui est commun à tous les enfants : le ressenti vis-à-vis du parent de sexe opposé, la petite fille voudrait épouser son papa, le garçon sa maman ! C’est le complexe d’Œdipe – et la sortie de l’Œdipe – qui nous est aussi conté.

La marraine fée arrive donc à point nommé ?
Tout à fait. C’est elle qui « sait » et qui énonce l’interdit. Cela permet à la jeune princesse de ne pas rester dans l’indé-cision face à la situation incestueuse. « Tu peux être femme, ma fille, mais pas celle de ton père ! », pourrait-on lire ! Cette prise de conscience lui permet de protéger son intégrité et sa place de fille dans la triangulation familiale, en l’absence de la mère. C’est donc un rôle de transmission féminine, par la parole (rôle substitutif de la mère), qu’assume la marraine fée. De plus, c’est elle qui attribue, avec la condition des trois robes, une représentation symbolique de la féminité à la princesse.

Justement, ces trois robes, ces trois couleurs, que nous disent-elles ?

Trois robes de plus en plus belles ou trois demandes qui signent l’insistance des sollicitations du roi. Les robes aux couleurs du temps, de la lune et du soleil signifient, peut-être, que la fée convoque les forces de l’univers afin de conjurer la volonté du père. En cédant à ces exigences, le roi ne se met-il pas au rang d’un dieu qui pourrait transgres-ser l’interdit ?

La peau d’âne, elle aussi, représente quelque chose de fort…
Oui, c’est un vêtement des plus déshonorants car l’âne symbolise la libido incontrôlée. Vivre avec et sous la peau de l’âne, c’est garder l’empreinte hon-teuse du désir incestueux. La princesse est identifiée à la peau de l’animal, on l’appelle « Peau d’âne », et par là même, elle régresse au statut d’animal. Cela signe une déshumanisation, une exclusion hors de la communauté des humains.

La peau d’âne, elle aussi, représente quelque chose de fort…
Oui, c’est un vêtement des plus désho-norants car l’âne symbolise la libido incontrôlée. Vivre avec et sous la peau de l’âne, c’est garder l’empreinte hon-teuse du désir incestueux. La princesse est identifiée à la peau de l’animal, on l’appelle « Peau d’âne », et par là même, elle régresse au statut d’animal. Cela signe une déshumanisation, une exclusion hors de la communauté des humains.

En quoi ce conte peut-il « faire du bien » ? Qu’apporte-t-il aux enfants ?

Il peut leur suggérer qu’il y a un temps où vient la « défusion », le détachement d’avec son parent de sexe opposé ! C’est un temps d’individuation et de maturation nécessaire à tout développement. Se séparer des parents, c’est passer à autre chose, c’est grandir !

Propos recueillis par Valérie Chevereau