Peau d’ours

Comme nous l’explique la psychologue Isabelle de Kochko, ce conte nous parle de métamorphose. Un jeune soldat est condamné à porter une peau d’ours à valeur symbolique… avant de trouver le chemin de l’épanouissement.

Pourquoi le jeune soldat est-il désemparé après la guerre ?

Jusqu’alors, le rôle du jeune héros était de se battre. En temps de paix, ce soldat est déboussolé. La société, qui l’a utilisé, le rejette désormais. Il a la possibilité de devenir riche, mais si cette fortune lui est donnée trop facilement, il pourrait devenir dur, sec ou sans scrupule. C’est pourquoi il va être mis à l’épreuve. Son apparence repoussante devra le conduire à l’humilité et à la maîtrise de soi. L’habit vert et la peau d’ours sont les symboles du défi qu’il doit relever durant sept longues années. Cette durée, souvent pré-sente dans les contes (7 ans est en effet l’âge de raison !), est un temps de matu-ration qui va l’éloigner du monde des hommes quelque temps.

Pourquoi le diable intervient-il dans cette histoire ?

Le diable, avec son habit vert et ses sabots de bouc, ressemble au grand Pan, le dieu païen de la nature et des forces vitales. Ici, il n’incarne pas forcément le mal. Il représente la tentation, mais tient surtout le rôle d’un juge qui met à l’épreuve, ou d’un sage qui permet au héros de s’améliorer intérieurement.

De quelle façon le soldat accomplit-il son parcours personnel ?

Ayant d’abord fait preuve de générosité envers le vieil homme, il lui manque une chose essentielle : l’amour. La plus jeune des filles a su voir la belle âme qui se cachait sous une apparence bestiale. Le conte pourrait s’arrêter là, mais deux autres vertus doivent encore être acquises : la tempérance et la patience. Le soldat a eu du courage devant le danger, il doit aussi en faire preuve devant le désir. Il deviendra ainsi un être accompli. La dernière épreuve sera également pour la jeune fille qui devra être patiente, fidèle à la parole donnée. Quant aux autres sœurs, égoïstes et superficielles, elles subissent le sort réservé à ceux qui ne veulent pas progresser ou ne font pas preuve d’ouverture, de tolérance.

Que peut retenir un enfant à la lecture de cet étrange conte ?

Il comprendra que la métamorphose est lente et semée d’embûches, à l’image du chemin vers l’âge adulte. Mais le conte donne de l’espoir et dit aussi que, pour connaître autrui, il faut lui faire confiance et aller au-delà des apparences.

Propos recueillis par  Kéthévane Davrichewy